Bonjour Pablo, les attentes sont en deçà de ce qu’ont le droit d’espérer les fans du LS, comment expliquez-vous ce début de saison moyen?

L’atmosphère générale donne l’impression qu’on lutte contre une nouvelle relégation. Quand on parle de reconstruction, on ne peut pas parler de crise après quatre mois de travaux. Mais bien évidemment on reste vigilant. Le problème est que l’équipe n’a pas encore réussi à faire le match référence. Elle n’a pas su faire une rencontre aboutie durant 90 minutes. Pendant 45, en première, ou en deuxième mi-temps, tout va bien, mais il y a un décrochage à un moment et on perd le fil de la partie.

Et comment l’expliquez-vous?

Franchement, si on avait la solution magique, on ne serait pas là en train de parler. Nous étudions plusieurs pistes avec Giorgio Contini pour découvrir la bonne carburation. L’entraîneur n’a pas encore trouvé son 11 idéal, le plus complémentaire. Il cherche, il essaye quelque chose, quasiment à chaque rencontre, mais pour l’instant dès lors qu’il décide de titulariser un tel ou un autre, la performance des joueurs ne lui donne pas les certitudes nécessaires pour reconduire définitivement la même équipe.

Depuis le rachat par INEOS, l’attente des supporters est grande, mais, depuis mars de cette année, ils vont de désillusion en désillusion, est-ce que vous comprenez leurs frustrations?

Bien sûr! Je suis un compétiteur, j’aime gagner et en plus je suis impatient. Je suis autant frustré qu’eux, voire même plus. Il est clair que se retrouver en Challenge League n’était pas le plan initial… Mais, maintenant, il faut faire avec, et celle-ci est vraiment très difficile. Tout le monde voudrait que le LS l’emporte par 3-4 buts d’écart avec beaucoup de jeunes, ou des Vaudois sur le terrain en jouant un foot champagne. C’est utopique comme attente.
«Nous n’assumons pas encore notre rôle de favori»
Vous évoquez un championnat compliqué, pouvez-vous développer? Si on regarde dans l’histoire récente du football suisse et cette formule à 10 clubs en Super League et Challenge, il n’y a qu’une équipe qui a réussi à remonter directement après la relégation. C’était Zurich en 2017. Et c’était un scénario différent, car il prenait part à la Coupe d’Europe dans le même temps. Chaque 3-4 jours, il avait un match et les rencontres continentales sont d’un tout autre niveau. Cette saison, nous avons une partie tous les sept jours, ce qui ne permet pas de garder une intensité ou un rythme plus élevé pour montrer la vraie valeur du LS. Pas encore du moins. Nous n’arrivons tout simplement pas à assumer notre rôle de favori. C’est dommage. Il nous manque, par moment, cette mentalité que l’on retrouve plus facilement du côté des Suisses allemands. Cette façon de n’avoir peur de rien ni de personne. Il est nécessaire de chercher cette attitude pour atteindre nos objectifs. Avez-vous sous-estimé ce championnat? Non, nous savions à quoi nous attendre. Il y a un autre paramètre que j’ai peut-être sous-estimé : les traces mentales laissées par la relégation. Je vais prendre un exemple. Lorsque nous avons gagné contre Vaduz à l’extérieur, les joueurs ont tellement fêté leur succès que je ne comprenais pas vraiment cet élan de joie sur le moment. C’était contre Vaduz, en plein mois de juillet. Tous les gars chantaient et dansaient dans les vestiaires. Ils avaient retourné les poubelles et faisaient du tambour dessus comme des gamins. En fait, il s’agissait de la première victoire à enjeu depuis bien longtemps! Ça a lancé la formation dans une bonne dynamique jusqu’à ce match contre Servette. Là encore, dans le derby, on fait 45 minutes parfaites, mais en deuxième période, ça se gâte avec la double expulsion. En face, il y a neuf types requinqués comme jamais, qui posent beaucoup de problèmes. En plus, il y a quatre « gamins » sur la pelouse qui n’ont pas la maîtrise émotionnelle des anciens et qui ne font pas les meilleurs choix. Finalement, nous gagnons, mais ça aura marqué l’équipe et depuis la dynamique n’est plus la même.   Que faut-il faire pour l’inverser? Nous devons transformer la pression négative en positive. Nous sommes à la recherche de celle-ci, ça viendra…
Pablo Iglesias directeur sportif du Lausanne-Sport
Pablo Iglesias, directeur sportif du Lausanne-Sport: “Nous devons transformer la pression négative en positive. Nous sommes à la recherche de celle-ci, ça viendra…”
  Est-ce qu’il manque un leader? Non, je ne pense pas. Nous avons Cabral qui remplit très bien son rôle. Vous avez dit de grandes choses lors de l’arrivée de Sancidino Silva, mais il ne joue pas… Que se passe-t-il? C’est un choix du staff. Il est arrivé en Suisse, dans un nouveau championnat, une culture et un foot différents. En un contre un, il est extrêmement doué, il ferait beaucoup de bien. Mais se fait-il vraiment assez violence la semaine à l’entraînement pour revendiquer une place de titulaire?
«Dites-moi combien de clubs évoluant en Super League sont mieux lotis que nous cette saison, exceptés, YB, Bâle et Zurich?»
Est-ce que le contingent  sera suffisant? Ou faut-il s’attendre à du mouvement lors du mercato hivernal? Rien n’est sûr dans notre sport. Tout le monde le sait. Mais, franchement, sur le papier l’effectif est de qualité. Si on doit le renforcer? J’ai confiance en celui-ci. Je pense qu’on est complet. Nous avons essayé de mettre un maximum d’ingrédients pour faire un très bon menu du jour. Il y a des Vaudois, des gars d’expérience, des jeunes qui jouent en sélection suisse. Il y a également Rapp, qui, je rappelle, était le meilleur attaquant de Super League, il n’y a même pas un an. Prenez comme exemple les noms de la colonne vertébrale du LS et dites-moi combien de clubs évoluant en Super League sont mieux lotis que nous cette saison, exceptés YB, Bâle et Zurich? Le cas Margiotta est donc réglé? (Réflexion) Il est avec nous jusqu’à Noël. Il a voulu partir cet été, mais ça ne s’est pas fait pour diverses raisons… Après, il a été blessé un bon mois. Il revient gentiment en forme et on pourra voir le vrai joueur tout bientôt, je vous le garantis. Contini est à la barre depuis un trimestre, son bilan, au vu des ambitions du club, n’est pas forcément le plus reluisant. Ne regrettez-vous pas votre choix? Bien sûr que non. Je connais les qualités de Giorgio. Son profil correspondait parfaitement à ce qu’on recherchait. Il a dirigé les espoirs saint-gallois pendant cinq ans, Vaduz en Challenge League, une équipe qu’il a monté en Super League. Il a également coaché les « Brodeurs » dans la plus haute division helvétique. Il a vraiment le profil idéal et a déjà prouvé depuis le début de la saison que la carte d’identité ou le pedigree ne sont pas une garantie d’être un titulaire indiscutable. Il veut les joueurs les plus concernés, appliqués et compétiteurs. Nous avons vu plusieurs autres entraîneurs potentiels lors de la sélection que nous avons réalisée avec Bob Ratcliffe, le CEO du club. Il y a eu, par exemple, Murat Yakin, Uli Forte, Pierluigi Tami, Pierre-André Schürmann, Mehmet Bazdarevic, mais notre choix s’est porté sur Giorgio. Certains, il ne faut pas le cacher, ont également dit non au projet pour différentes raisons.
« On se doit de rejoindre l’autoroute »
Il reste 18 unités en jeu jusqu’à la trêve, l’objectif est le maximum de points. Oui bien évidemment, on doit tout faire pour… Nous avons laissé le temps suffisant à l’équipe et au staff pour prendre ses marques. On était sur une « route » cantonale, mais dès à présent on se doit de rejoindre l’autoroute. D’ailleurs, c’est durant ce moment que Xamax a fait la différence l’année passée. Lausanne doit montrer qu’il  a les moyens de ses ambitions sur le terrain. Un dernier mot sur le Stade-Lausanne, qui est en train de réaliser une bonne saison en Promotion League. La formation d’Andrea Binotto pourrait monter d’une division si elle continue comme ça, que penseriez-vous de voir cette équipe à vos côtés dans cette division (si Lausanne ne remonte pas)? Ce championnat est incroyable et surtout vaudois! Les quatre clubs du canton font de l’excellent travail. J’espère vraiment que Bavois va réussir à se maintenir (Interview faite quand Bavois avait 16 unités). Yverdon, malgré les six points de pénalité, revient très fort. Ça va être tendu entre ce dernier, Nyon et Stade Lausanne, un des trois devrait être promu. Ça permettrait d’offrir d’énormes possibilités pour le foot vaudois, qui reste l’un des viviers le plus important du territoire national.

Nous remercions notre partenaire footvaud pour l’article