Samedi, Lausanne, souvent malmené, a démontré du courage et un certain allant, pour finalement partager l’enjeu avec un Servette serein, qui a, toutefois, oublié de tuer le match (1-1).

Ce derby lémanique joué devant une belle assistance, plus de 8000 spectateurs, a tenu toutes ses promesses et délivré un verdict équitable. Même si le leader genevois, aux qualités techniques supérieures, aurait pu, au regard du nombre réel d’occasions, prendre l’entier du pactole. Les Vaudois, sans jamais démériter, ont fait preuve d’abnégation et d’un formidable état d’esprit, pour ne pas plier et engranger le point de l’espoir. Déjà distancés de sept unités au coup d’envoi, les hommes de Giorgio Contini, obligés de comptabiliser, espéraient secrètement faire tomber un chef de file actuellement inarrêtable, pour croire encore à une promotion directe, réservée au premier de classe.

Une ambiance de feu

Dans une ambiance de feu, avec un kop servettien plus allumeur et bruyant que son homologue, les pensionnaires de la Pontaise ont entamé les débats pied au plancher. Légèrement dominateurs pendant vingt minutes, ils ont essayé, sans succès, de faire douter une opposition supérieure, qui a laissé passer « l’orage » en toute sérénité. Margiotta, très actif, menaçait sérieusement, mais sans réussite, un Frick bien présent (8e et 12e). Oliveira, toujours aussi virevoltant, se montrait trop souvent lacunaire dans ses choix et la qualité du dernier geste (20e). Cependant, la plus grosse et véritable occasion était à mettre à l’actif des visiteurs. Wüthrich, pas dans son meilleur début de soirée, était idéalement servi par Stevanovic, pour se faire contrer in extremis et de manière suspecte, par le retour salvateur de Nganga (9e).

Servette, aligné dans un 4-4-2 résolument offensif, enclenchait le turbo pour survoler une fin de première mi-temps à sens unique. Les Genevois mettaient alors à mal une défense locale lente et désorientée. Ils profitaient aussi d’un immense déchet technique lausannois, pour mettre de la justesse et de la rapidité dans un jeu de transition spectaculaire. Alphonse (23e), Wüthrich à la suite d’un numéro (25e) et Kone (27e) se créaient les opportunités et des montagnes pour ouvrir le score. Castella, vigilant et à la hauteur de l’événement, retardait l’échéance. Il était cependant impuissant sur une tête d’un Kone étrangement oublié, par une défense ballotée et en grandes difficultés (35e).

Supporters inquiets

Servette, impressionnant d’aisance aurait déjà pu s’envoler et faire définitivement la différence. Notamment à la 39e, lorsque la latte venait au secours d’un Castella, battu en la circonstance, sur une habile déviation de la tête du toujours « jeune » Alphonse. Sur cette action, Stevanovic s’est joué avec trop de facilité d’un Flo, passif et défensivement peu à son affaire. A la pause, les plus fervents supporters lausannois, inquiets, mais pas encore résignés, ne se faisaient guère d’illusions sur l’issue de la partie. Ils se sont finalement trompés, en sous-estimant les ressources de leurs protégés, qui ont su se ressaisir et montrer un visage plus conquérant. Jouant plus haut dans le terrain, les « bleu et blanc » ont dominé, sans toutefois être réellement dangereux. La manœuvre manquait singulièrement d’idées et de tranchant, malgré l’immense travail de l’excellent Pasche, au four et au moulin. Kukuruzovic, lent, absent et exilé sur le flanc droit, a profondément déçu et n’a jamais justifié sa flatteuse réputation d’homme orchestre.

Coup de poker tardif, mais payant

Le leader, moins fringant, a maîtrisé sans souci majeur la vaillante et méritoire poussée lausannoise. Il s’est contenté de quelques contres fulgurants, qui ont risqué de faire pencher la balance (55e, 70e, 73e et 75e). Giorgio Contini, spécialiste du coaching à fibres lentes, a trop longtemps attendu et hésité à envoyer des forces fraîches. Il se décidait enfin (77e), à jouer la carte de l’offensive, en introduisant l’attaquant Zeqiri, pour un demi défensif. A la surprise et à l’incompréhension de tous, il s’est privé de Pasche, capitaine exemplaire et certainement le meilleur des siens. Son coup de poker tardif s’est rapidement transformé en pari gagnant. Zeqiri, sur son premier ballon, profitait d’un astucieux service de Margiotta et de la seule erreur du duo Routis-Rouiller, pour prendre la poudre d’escampette. Le talentueux gamin de 19 ans driblait avec facilité et insolence le portier Frick, pour égaliser et mettre le feu dans un stade prêt à s’embraser.

Point gagné au forceps par Lausanne

Lausanne, qui croyait encore à l’impossible, a maintenu sa pression, sans toutefois trouver l’ouverture, même si Frick se payait une petite frayeur en fin de match (91e). Ce point gagné au forceps permet aux Vaudois de limiter la casse et d’espérer à un hypothétique retour sur la première marche du podium. Aujourd’hui, ils se classent seulement quatrième, à distance respectable d’un chef de file genevois, qui respire santé et confiance. Avant les grandes manœuvres hivernales, attendues et déjà programmées par les responsables d’Ineos, les Lausannois vont jouer gros, dans un dernier rendez-vous de tous les dangers du côté de Wil. En cas d’échec, ou même d’un partage de l’enjeu, les Vaudois et surtout Giorgio Contini et son staff se retrouveraient largués et en fâcheuse posture.


Lausanne – Servette 1-1 (0-1)

Buteurs: 35e Kone 0-1 78e Zeqiri 1-1

(Crédit photo couverture: William Gamuto/ Page Facebook du Lausanne Sport)