Toujours la langue bien pendue, Thierry Barrigue a accepté d’évoquer son nouveau livre « L’école… ce monde impitoyable », mais aussi son association « CrayonSolidaires », la vie et le monde de la presse.

118 pages de pur régal attendent les lecteurs du nouvel ouvrage de Thierry Barrigue « L’école…Ce monde impitoyable ». L’illustrateur a regroupé ces dessins parus dans la revue « L’Educateur », magazine de la Société des Instituteurs de la Suisse romande durant les 30 dernières années. La scolarité est un sujet épineux que l’artiste adore évoquer. « A l’époque, il y a fort longtemps, j’avais déjà fait polémique dans un ouvrage mathématique, mais il avait fini par être réimprimé », sourit-il.

Couverture Thierry Barrigue L'école ce monde impitoyable
Composé de 118 pages, le nouvel ouvrage de Barrigue est déjà en vente

Il l’avoue lui-même, il n’était pas le plus doué à l’école ni le plus assidu. « L’éducation a des responsabilités gigantesques, presque autant que celle des parents. Il est important que notre système soit correct et permette d’instruire les futurs adultes, car ceux-ci seront la prochaine génération et devront faire face à bon nombre de défis au vu de l’évolution de notre monde ».

Une exposition à Belgrade qui l’emmènera loin

Des souvenirs, dès lors, resurgissent de la mémoire de l’artiste franco-suisse. « Des gens se sont fait bousiller pour avoir dessiné… Mes confrères, mes amis de Charlie Hebdo ont été assassinés simplement pour avoir tenté de critiquer notre monde avec le sourire. Le dessin de presse sert-il à se faire tuer à la kalachnikov? J’ai beaucoup pleuré, mais à un moment, j’ai arrêté, car finalement on ne résout rien comme ça. » Et ainsi, Thierry Barrigue, lors d’un séjour à Belgrade pour une exposition à ce sujet, s’en ira plus longtemps que prévu et sera emmené bien plus loin qu’on peut l’imaginer.

Thierry Barrigue, Nicolas Sjöstedt et Pitch sont les créateurs de l’association « CrayonsSolidaires »

Après une rencontre avec un membre de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, il se retrouve dans un camp de migrants en Grèce et fait ce qu’il sait faire de mieux. « J’ai pris mon crayon, du papier et j’ai dessiné selon les expériences qu’ils me contaient, décrit le journaliste. Ma mission est modeste, une petite goutte dans un océan de misère. Néanmoins, je leur redonnais un sourire et un peu de dignité. »

« Des artistes dans une prison à ciel ouvert »

Cette expérience a eu son effet, car à son retour, il a créé, en compagnie de Nicolas Sjöstedt et Pitch, l’association « CrayonSolidaires ». Cette dernière permet aux dessinateurs d’emporter leur crayon aux quatre coins de la planète pour redonner un brin de sourire. « Nous nous sommes rendus dans la bande de Gaza, continue l’homme âgé de 68 ans. Ce voyage était marquant. J’ai rencontré des artistes passionnés, passionnants et talentueux. Pourtant, ils habitent dans une prison à ciel ouvert… » Le regard dur, maniant sa « fameuse » pipe, l’émotion est à son comble.

Image de Crayons solidaires
« CrayonSolidaires » s’est rendu dans la bande de Gaza, une expérience marquante

Même si le sort des migrants est d’une importance cruciale, Thierry Barrigue et ses compères ne s’arrêtent pas qu’à ça. En effet, ils se rendent également sur le terrain en Suisse. « Il y a des souffrances chez nous. Nous visitons donc des EMS et passons du temps avec les résidents. Au début personne ne parle, mais finalement, ils se lâchent et finissent par participer. J’ai eu de bons échos. Il paraît qu’ils avaient toujours le sourire une semaine après et évoquaient encore nos dessins. » Une goutte d’eau supplémentaire dans un océan de solitude…, mais ô combien importantes.

« L’école… ce monde impitoyable », Barrigue, Editions Slatkine


Le poil à gratter : Vigousse

Le monde de la presse va mal. « Il appartient dorénavant à des financiers, des éditeurs qui n’ont qu’un objectif, satisfaire leurs actionnaires », tape du poing sur la table l’ancien du matin. Afin de contrer cet état de fait et d’aller à l’encontre de la société, le journal Vigousse a été créé en 2009. « Il est nécessaire à la démocratie avec son esprit critique. Il raconte les choses autrement. » L’hebdomadaire compte plus de 6’000 abonnés. « Mais ce n’est pas suffisant, j’aimerais en avoir plus pour améliorer le contenu, mieux payer les dessinateurs et les journalistes, car ils le méritent », termine sobrement Thierry Barrigue avant de nous dédicacer son livre avec le sourire toujours et le cœur sur la main, toujours.